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Sep
[Du côté des lecteurs ?]

BPI et BNF : Le crime de lèse-collections ?

Bien sûr l'accumulation de quelques observations ne fait pas une tendance, mais une grogne s'exprime dans plusieurs grosses bibliothèques à destination des directions qui cherchent à modifier le service proposé. Localisés, ces mouvements se rejoignent pourtant. Ils visent prioritairement à conserver inchangée la bibliothèque et s'appuient sur des représentants syndicaux.

La lecture des rapports d'activité de la BNF et de la BPI montre que le nombre moyen de visites par jour d'ouverture ne cesse de diminuer (à la BNF, pour le haut-de-Jardin) depuis le début des années 2000. Ces vaisseaux amiraux des bibliothèques n'échappent pas à l'érosion de la fréquentation. De même, on sait que dans ces deux établissements, une partie importante des usagers (souvent la majorité) vient sans toucher les collections. Face à l'évolution des usages et à la baisse de la fréquentation, les directions repensent leurs services et on pourrait le leur reprocher si elles ne le faisaient pas. La réflexion s'oriente dans le sens d'une plus grande place accordée à l'espace. Cela a pour effet de réduire en partie les collections.

Ces réflexions et évolutions qu'on observe dans beaucoup de bibliothèques à l'étranger suscitent donc des réactions de protestations de la part de professionnels qui s'insurgent. La critique porte sur l' « élimination » quantitative des collections mais aussi sur l'atteinte à la « qualité » des collections. Le communiqué de la FSU s'exprime clairement à propos de la BNF : « Bref, on nivelle, on sacrifie la diversité, la qualité, l'originalité... ».

Bien sûr ces évolutions arrivent à un moment où les finances publiques sont comprimées ce qui conduit à une restriction du nombre de postes voire des budgets d'acquisition. Les syndicats sont bien sûr fondés à protester. Il reste que la question des moyens ne doit pas évacuer celle de la nécessaire mutation des services. La légère fonte des collections (on parle seulement de 5 à 10% à la BPI) n'est pas le signe d'un renoncement définitif de ces équipements dans la promotion de la culture.

Faut-il rappeler que la lecture de livres qui est en baisse (chez les jeunes et pas seulement) n'est plus qu'une modalité d'accès au savoir à côté des écrans ? La rigidité sur la définition de la bibliothèque est-il le meilleur moyen de conserver aux bibliothèques leur attractivité et leur place dans notre monde ? La BPI qui a ouvert comme une vitrine de la lecture publique doit-elle vraiment se replier derrière les vitres d'une conception muséifiée de la bibliothèque ? BNF et BPI n'ont-elles pas au contraire à montrer la voie d'une rénovation de la manière dont se pense et se donne à voir la bibliothèque ?

Toutes ces questions peuvent donner lieu à débats et les syndicats y prendre part. Mais ceux-ci expriment-ils autre chose qu'une conception conservatrice et corporatiste de la bibliothèque ? Après tout, la prise en compte des pratiques et aspirations de la population n'est pas moins légitime. Il existe d'autres voies pour définir cet équipement que par la taille et la qualité de ses collections. C'est incontestablement vers elles qu'il faut désormais tendre si les bibliothèques veulent continuer d'exister physiquement, fussent-elles BPI ou BNF...

Cet article est très intéressant.
Encore une fois ce sont les syndicats qui sont conservateurs et ceux qui défendent la modernisation, l'adaptation au monde moderne c'est-à-dire la soumission aux forces du marché et au capitalisme (j'assume les gros mots, il ne faut plus les utiliser n'est-ce pas?) se présentent comme des forces progressistes. La révolution conservatrice est menée par des gens dont il faut reconnaître le talent et l'intelligence.
Commentaires Posté par : Marc Le Parigou | 28 septembre 2011 à 15:28:13
Bonjour,
je ne sais pas si c'est être un suppôt du capitalisme libéral que d'observer que le comportement des publics évolue, que les jeunes générations sont de plus en plus attirées par les écrans, les réseaux sociaux, le téléphone et l'internet...
Devons-nous en tant que bibliothécaires (devenus tels par amour du livre papier) ne promouvoir que le support d'information que nous considérons valide parce que nous l'aimons et en connaissons/utilisons tous les intérêts? Les bibliothèques doivent évoluer ou en tout cas ne pas se couper de la culture obligée par le libéralisme qui nous est actuellement imposé, sinon, je le crains, elles mourront avec nous ou ne seront plus que des musées parce que les moins de 20 ans devenus adultes n'y auront jamais trouvé le reflet de la culture de leur génération, mais le reflet de ce que leurs parents voulaient leur offrir. Refuser par idéologie anti-libérale l'entrée de la modernité technologique dans les bibliothèques me fait penser au conservatisme des parents des soixanthuitards "cheveux longs = idées courtes".
Nous sommes au croisement de deux générations totalement différentes à cause de développements technologiques inédits de par leur rapidité.
Il ne faut pas nous couper des générations futures, mais aussi garder ce qui plait aux adultes actuels, exercice extrêmement difficile que nous ne pourrons réussir que si nous nous remettons en cause nous-même. et c'est dur...
Commentaires Posté par : cécile a | 06 octobre 2011 à 09:39:35
Merci pour cette analyse, dont nous bibliothécaires sommes toujours friands : avides d'hypothèses, de scénarios pour "déchiffrer l'avenir à défaut de le construire", le concept de bibliothèque-musée n'est plus adapté à la société actuelle, encore moins aux attentes des publics, nous en sommes quotidiennement les témoins impuissants. Des voix s'élèvent pour éclairer l'horizon, il nous faut les entendre avec un réel intérêt. Réduire les collections pour privilégier l'espace, c'est assurer aux usagers la qualité de service et surtout la "place" qui par nature leur revient au milieu des livres. C'est penser la bibliothèque autrement en tenant compte des mutations. La bibliothèque "troisième lieu" est combattue par les syndicats ? Pourquoi ? Il serait utile d'analyser les raisons de cette incompréhensible réticence.
Commentaires Posté par : City | 06 octobre 2011 à 10:15:22
La "révolution conservatrice" qui charme trop de professionnels ne parait-elle pas pour le moins suspecte? N'évoque- t-elle pas la confusion des genres, l'effervescence de revendications éparpillées... A la stagnation prônée, n'était-il pas souhaitable de préférer le dynamisme des visionnaires. Enfin, à l'instar de Carlo Dossi, pourquoi ne pas proclamer que "les fous ouvrent des voies qu'empruntent ensuite les sages" ?
Commentaires Posté par : City | 10 octobre 2011 à 15:23:16

auteur

 
Claude PoissenotClaude Poissenot, Claude Poissenot est sociologue, enseignant à l'IUT "Métiers du livre" de Nancy. Ses travaux portent notamment sur les publics des bibliothèques mais aussi sur la lecture et ses représentations. Il travaille à l'écriture d'un nouveau modèle de bibliothèque plus en phase avec la population desservie. A cette fin, il a conçu un site web accessible à tous les intéressés (http://penserlanouvellebib.free.fr)

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