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29
Jan
[Presse Livres]

Les projets de Google

A ma connaissance, Google n'a, à ce jour, signé aucun accord avec un éditeur anglo-saxon  pour l'ouverture d'une boutique en ligne qui vendrait des ouvrages telechargeables sur ordinateur et, a terme, sur e-books. Cette precision, d'entree de jeu, pour contredire ce qui s'est ecrit un peu rapidement, ici et la, sur le Net. Cela dit, l'idée est desormais officiellement dans l'air - et ce n'est pas une mince nouvelle. Ce qui s'est exactement passé, c'est qu'il y a une dizaine de jours les patrons de Google ont rencontré un aéropage choisi d'éditeurs americains pour leur confier leurs projets. Il est ressorti de cette rencontre - comme l'a raconté Business Week le 23 janvier - que le fameux Google Book Search, qui a déjà fait couler tellement d'encre, n'était finalement que la face émergée d'un sacré iceberg. Pour faire court : Google

1) mise à fond sur la dématerialisation du livre,

2) est convaincu que le marché des e-books, pour peu qu'on offre au public des machines attractives a un prix raisonnable, ne va plus tarder à décoller,

3) Ambitionne d'être l'Amazon de ce nouveau marché.

Bref, la numérisation a tout va de millions de livres initiée par le leader des moteurs de recherche servira, in fine, des ambitions purement marchandes : demain, ces livres pourront non plus seulement se consulter par extraits, mais s'acheter dans leur intégralité sous forme numérique téléchargeable.

Pour les libraires traditionnels, qui voient les ventes en ligne de livres papier mordre chaque année un peu plus sur leurs plates-bandes, c'est une mauvaise nouvelle de plus. Et pour les éditeurs qui ont déjà abandonné a Google le soin de numériser leur production, ce serait définitivement accepter de s'en remettre a cette firme pour l'exploitation dématerialisée.

On comprend que pour l'instant, ils préfèrent réfléchir. Ainsi, ni Oxford University Press (deja partenaire de Google Book Search), ni Simon & Schuster, tous deux interrogés par Business Week, n'ont souhaité commenter la nouvelle.

De toute façon, rien de concret ne se fera dans l'immédiat. Les dirigeants de Google ont bien precisé qu'ils ne croient pas a la lecture sur ordinateur, et donc que leur projet de giga librairie online sera tributaire du décollage des readers portatifs à base de technologie e-ink. Mais, de ce coté-là, les choses continuent d'avancer très vite. A l'issue du CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas, le patron de Sony, Howard Stringer, interrogé lors d'un tres long chat avec Gamespot News sur les projets de son entreprise tous azimuts a devoilé que Sony préparait déjà une nouvelle version de son PRS 500, laquelle serait desormais ouverte au Wifi - et ceci dans le but, notamment, de contrer les ambitions d'Amazon en matiere d'e-book, Howard Stringer se disant convaincu que la société de Jeff Bezos pourrait "in a relatively short term" lancer son propre reader. Autre nouveauté : Howard Stringer annonce, dans la même discussion, l'ambition de Sony de s'attaquer désormais au marché de l'education pour concevoir ses futurs e-books.

La question n'est pas que Google commercialise des livres électroniques. La question des droits patrimoniaux et moraux est bien sûr essentielle, mais ce qui est en cause est surtout la brutalité et l'absence de vergogne du puissant qui méprise tous les autres. Il y a là des pratiques qui ne relèvent plus de la loi du marché mais de celle de la jungle. "Pousse-toi de là que j'm'y mette".

On retrouve là le même mécanisme que Microsoft qui incarne un véritable monopole dans ses secteurs, qui sont cruciaux, et ce monopole prouve l'insuffisance des seules règles du marché qui n'est pas capable de susciter le pluralisme dans le domaine de l'informatique.

Qu'on me cite un seul cas où le monopole de la culture a produit de la démocratie et j'applaudirai.

Or je n'applaudis pas.

Il faut donc d'urgence des règles pour protéger le pluralisme. Et si c'était un enjeu de la prochaine présidentielle ?
Commentaires Posté par : Hervé Torchet | 10 février 2007 à 02:12:43

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Daniel GarciaDaniel Garcia, Changement de cap. Depuis 1998 que je m'intéressais à l'encre électronique, je crois avoir beaucoup donné pour la diffusion de la «bonne parole». Maintenant que nous y sommes, que les «readers» font l'actualité quasi-quotidienne, j'avais envie de changer d'air. Devant l'insistance amicale, mais néanmoins hiérarchique, de ma rédactrice-en-chef, je démarre un autre blog qui traitera du traitement du livre dans les médias, de l'actualité de l'édition vue par la presse, etc. Daniel Garcia est journaliste à Livres Hebdo.

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